Rose-Marie Taupin Pélican écrit depuis Rivière-Salée, dans le sud de la Martinique. Son œuvre tisse deux fils que beaucoup d’écritures séparent : la mémoire longue de l’esclavage et le récit de l’intime – des femmes, des corps, des vies blessées qu’elle prend le temps de nommer une par une.
Dans Ces femmes que j’ai rencontrées, elle suit Marie, qui se nourrit, sous le grand châtaignier de la maison familiale, des récits que ses grands-parents lui font des des mawons (esclaves en fuite dans les mornes) et des fanm doubout. Marie deviendra Solitude, puis fera changer son nom : du sordide Beaucul qu’elle refuse de transmettre à ses enfants, elle tirera Berlité – anagramme de Liberté obtenue par la même méthode que celle imposée jadis aux affranchis. La littérature, ici, fait ce que l’institution n’a pas fait.
Pélican n’écrit pas seulement. Présidente de l’association des victimes du crash de Maracaibo, elle porte depuis vingt ans la mémoire des Martiniquais disparus le 16 août 2005, et a publié en 2017 Le cri d’alarme pour que cette catastrophe ne se laisse pas absorber par le silence des dossiers refermés. Mémoire de la traite, mémoire d’aujourd’hui – même geste.
Avec ce deuxième volume, Rose-Marie Taupin Pélican poursuit le travail engagé dans le premier opus : faire entrer dans la littérature les figures féminines que l’histoire officielle a tenues à l’écart. L’autrice y suit Marie, qui se nourrit dès l’enfance des récits que ses grands-parents lui font des mawons et des fanm doubout, refuse l’héritage d’un patronyme reçu sans choix, et apprend à se nommer elle-même. Une mémoire transmise par voie basse, qui devient récit assumé, déclaration d’identité, et finit par rejoindre — par la voie d’un anagramme — le mot Liberté.
Extrait choisi
« Je suis multiple et indivisible, je suis ce tout né ici mais qui n’existe comme tel ni en Afrique, ni en Inde, ni en Europe, ni en Amérique. Je suis moi, l’antillaise, née au croisement des races et des cultures, la femme nouvelle, l’identité singulière… »



Maracaibo, 2017
Rose-Marie Taupin Pélican est une autrice martiniquaise née et établie à Rivière-Salée. Son œuvre, à ce jour quatre ouvrages publiés en nom propre, mettent en lien le récit-mémoire de l’esclavage, l’écriture de l’intime et le témoignage civique.
Présidente de l’association des victimes du crash de Maracaibo – catastrophe aérienne du 16 août 2005 dans laquelle ont péri cent cinquante-deux Martiniquais – elle a publié en 2017 Le cri d’alarme, ouvrage qui revient sur le drame et ses suites judiciaires.
Ces femmes que j’ai rencontrées constitue son cycle romanesque consacré aux figures féminines qu’elle entend faire entrer dans l’histoire.
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